Des règles qui dérèglent…

En France, nous avons la chance de bénéficier d’un cadre régulatoire permettant de valoriser la flexibilité électrique. Une capacité flexible peut être rémunérée via trois principaux canaux : les services ancillaires, et en particulier l’appel d’offre de Réserve Rapide, l’appel d’offres Effacement, et le Mécanisme de Capacité. Plusieurs événements récents montrent que les règles régissant ces mécanismes conduisent à des résultats paradoxaux.

En mai dernier se tenait une enchère permettant de valoriser les garanties de capacité 2019. Ces certificats rémunèrent la disponibilité d’une capacité flexible en jours de pointe en hiver. Ils ne valent rien tant qu’ils n’ont pas été valorisés. Le gestionnaire de réseau RTE a placé près de 60 000 garanties à prix nul à cette enchère. Cette forte pression à la baisse a conduit à la fixation du prix de la garantie à zéro. La capacité de certains offreurs ne sera donc jamais rémunérée.

Lors de l’appel d’offres de Réserve en juillet, les offreurs ont proposé leurs prix pour chaque semaine de l’année 2020. Le système est construit de telle manière que tous les offreurs sont payés au prix marginal, c’est-à-dire le prix payé pour le millième MW retenu par RTE une fois les offres classées par prix croissant. Tous ceux ayant un prix supérieur sont éliminés. Il apparaît que près de trois-quarts des capacités ont été offertes à prix nul, conduisant à un écroulement du prix de la Réserve Rapide de plus de 50%. Les propositions à prix nul proviennent majoritairement d’agrégateurs qui se sont engagés auprès de leurs clients propriétaires de capacités à être retenus à l’appel d’offres. En l’absence de consignes de prix plancher de la part de leurs clients, ils sont contraints d’offrir à prix nul pour honorer leur engagement. Par ailleurs, l’extrême complexité de la procédure de tests de qualification à la Réserve Rapide fait qu’il y a de moins en moins d’échanges de capacités entre agrégateurs ou même de capacités nouvelles. Les capacités de Réserve Rapide sont donc de moins en moins testées et de moins en moins rémunérées, ce qui ne peut conduire qu’à une dégradation de la fiabilité de ces capacités pour le système électrique français.

La semaine passée, les résultats de l’appel d’offres Effacement ont été communiqués. Cet appel d’offres contribue notamment aux objectifs de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) qui fixe une trajectoire d’augmentation des capacités d’effacement en France. Comme l’année dernière, moins d’un tiers de l’objectif fixé a été atteint, avec un volume de capacités retenues stagnant à 770 MW. Dans ce contexte de manque de capacités, le pire est que certaines offres n’ont pas été retenues par RTE alors que leur prix était inférieur au maximum fixé par les pouvoirs publics. Le manque de transparence sur cette décision donne un mauvais signal aux offreurs de capacités flexibles, ce qui va à contre-courant de la trajectoire de la PPE.

Un ajustement de certaines règles paraît indispensable pour que la flexibilité électrique se développent mieux en France. Espérons que ces retours d’expérience y contribueront.

Article réalisé par Christophe Huguet, Directeur Général de NextFlex.

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